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Petit Soleil réalise son rêve


Il était une fois un petit soleil tout mignon, tout gentil, qui avait envie d’apporter plein de chaleur et de lumière à tous les êtres vivants auprès et autour de lui. Mais voilà qu’on ne sait pourquoi, il était né avec un rayon en moins. « Ce n’est pas grave ! » se disait-il à chaque fois qu’il tentait d’éclairer la vie de quelqu’un. « Ce n’est pas grave, cette petite ombre qui plane. C’est juste la petite imperfection qui rend les choses authentiques ! » « Ce n’est pas grave, car je sais qu’un jour je rencontrerai une compagnie de vie faite d’une complicité à toute épreuve ! Et que grâce à elle, à la place de mon rayon manquant pourra s’installer un autre faisceau de lumière coloré et irisé.»


Petit soleil était tout à sa réflexion quand un gros nuage noir malicieusement poussé par le vent s’installa devant lui. « Eh ! tu me gênes ! Laisse-moi éclairer autour de moi ! » Et il se mit à darder le nuage dans tous les sens afin de le faire se déplacer, s’évaporer ou fondre en gouttes. Mais son rayon manquant lui rendait la tâche ardue et il devait redoubler, tripliquer, voire quadrupler d’efforts pour  arriver à un résultat tout juste maussade.

Les gens se voyaient certes, mais ils avaient froid et leur humeur restait morose. Petit soleil en était tout dépité. Toujours de bonne volonté, mais dépité. Dépité et fatigué. Il commençait à bougonner : « À quoi bon ? À quoi bon ? À quoi bon ? » et sa lumière s’amenuisait à chaque bougonnerie. Tout d’un coup, il se sentit tourneboulé, renversé, mis les rayons par-dessus tête. « Eh là ! Tout doux ! Qu’est-ce qui vous arrive ? » marmonna-t-il en se frottant l’arrière du disque. Il s’adressait à M. Vent, lequel passant par là, n’avait pas supporté de voir Petit Soleil s’apitoyer sur son sort. M. Vent de sa grosse voix lui souffla au visage une bourrasque de « Mais qu’est-ce donc que je vois là ? Toi ? Tout si mignon, tout si gentil, tu te laisses obscurcir par le premier nuage venu ? Non, non, non ! Je ne te reconnais pas là-dedans !! Il va voir ce qu’il va voir, ce nuage, la prochaine fois qu’il te croisera !! Tu ne te laisseras aucunement démonter ni déboutiquer grâce à la clarté d’esprit que tu sauras garder. Pour ça, je t’offre ce mirliton. Dès que tu sentiras le noir s’approcher, tu souffleras de toutes tes forces dans ce mirliton, et le mirliton-ton-taine enverra les nuées balader et défiler dans d’autres contrées. Non, mais, tu vas voir ce que tu vas voir !!! » Et M. Vent s’en alla aussi vite qu’il était venu. Petit Soleil n’eut même pas le temps de le remercier.


Petit soleil était en train de tester son nouvel accessoire, doucement, délicatement, précieusement, de peur de déchaîner quelque élément incontrôlable….Quand tout d’un coup, il n’y vit plus rien !Il fut tellement ébloui qu’il en lâcha presque le mirliton. Et il se mit à avoir chaud, tellement chaud, tellement si chaud qu’il crut qu’il était en train de brûler sur place. Le comble pour un Petit Soleil !! « Alors, alors, alors !!! Comment vas-tu ? Ne serais-tu pas en train de vouloir prendre un peu de galon ou de gonflette ??  Tu vois, c’est ça, la puissance !! » Et bim ! De nouveau il fut ébloui ! C’était Mme Foudre qui s’abattait sur lui, le transperçait, le bousculait, l’obligeait -pour ne pas finir aussi ratatiné qu’un raisin sec- à dépasser ses limites. Petit Soleil, toujours son mirliton en main, fut bien obligé d’écarter ses rayons et de se faire plus grand pour parvenir à contenir toute la lumière que lui envoyait Mme Foudre. La tâche ne fut pas aisée, car pour cela il dut prendre de plus en plus de place, et autour de lui, d’autres durent se déplacer. Mais il y parvint et une fois remis d’aplomb, il remercia Mme Foudre, car enfin, quand il tentait d’éclairer autour de lui, les gens commençaient à percevoir sa chaleur.

Petit Soleil devenu un peu plus grand était donc là avec son mirliton. Il était ravi. Dès qu’une nuée semblait vouloir venir en sa direction, il sortait son mirliton et juste à la vue de ce dernier, les nuées changeaient de voie et détournaient leur cours. Petit Soleil était de plus en plus ravi, car il répandait de plus en plus de lumière et de chaleur, et les gens semblaient aller de mieux en mieux, et sourire de plus en plus.


Cependant il ne voyait pas que Mme Eau était de plus en plus souffrante. À force de s’échauffer sous l’ardeur des rayons de Petit-Soleil-Devenu-Plus-Grand, elle avait eu besoin de changer d’endroit. La Terre lui devenait inconfortable car il y faisait trop lourd. Pour s’alléger, elle devenait vapeur ici, vapeur là, et vapeur ailleurs. Toutes les vapeurs finirent par se rencontrer et à avoir peur de perdre définitivement Mme Eau. Elles devinrent tristes, si tristes qu’elles prirent froid, tellement tristes que toutes congelées, elles décidèrent d’aller porter leur plainte devant Petit-Soleil-Devenu-Si-Grand. Celui-ci n’y comprenait plus rien. Petit, il ne servait à rien sur Terre. Et plus grand, c’était dans le Ciel que ça n’allait plus bien. « Mais où donc est ma place !! » se mit-il à crier. Et il souffla d’un coup d’un seul dans son mirliton.

Les vapeurs congelées se mirent à trembler si fort qu’elles se désagrégèrent en milliers de petits grêlons en suspension. Le Ciel menaçait de devenir froid, gris, triste et sans relief. Mais Petit Soleil sans se démonter continua de rester Grand et de répandre sa chaleur, si bien que les grêlons se réchauffèrent et atterrirent mollement et en douceur sur la Terre. Mme Eau était revenue !! Ouf !! Tout le monde était sain et sauf. Les Terriens dansaient heureux de l’embellie ; et le Ciel se colorait de son azur serein et raffiné.


Dans cette joie partagée, Soleil rencontra l’amie de ses rêves : la lumière irisée et colorée de Mlle Arc-en-Ciel dont il tomba amoureux éperdu. Celle-ci accepta de rester tout près de lui afin de l’aider à se déployer tout en sachant mesure garder.

Petit Grand Soleil ou Grand Petit Soleil … avec tout ça, il ne savait plus trop bien qui il était… restait dubitatif. S’ensuivirent de longues et pénibles négociations avec M. Arc-en-ciel Père. Celui-ci voulait bien accorder la main de sa fille à ce prétendant si rayonnant, mais à certaines conditions. Il n’était pas bien sûr que Soleil-de-quelque-taille-qu’il-fût était de nature à savoir prendre soin des délicates couleurs irisées de la prunelle de ses yeux.

Soleil dût faire ses preuves. Il en passa par toutes les couleurs, y compris par l’ultra-violet, l’infra-rouge et même le transparent… Et, ô miracle, il réussit à trouver avec chacune d’elles une façon de s’accommoder.

C’est au cours de ces rendez-vous posés à la tombée du jour sur ses plages de repos qu’il apprit petit à petit à apprivoiser le spectre complet de son aimée convoitée et qu’il put l’accueillir à une place de choix, à celle de son rayon manquant.

Soleil était désormais un être heureux et comblé. Il arborait fièrement les couleurs de son amour qui lui donnaient force, douceur et pondération pour le meilleur dans le cœurs sur Terre et dans les ondes aux Cieux.


Histoire composée par Sophie Bédourède en écriture partagée avec Safiya Cotonnec

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